Articles parus le 26 mai 2020

Fichage systématique de la population déclaré inconstitutionnel

Écrit par admin, le 26 mai 2020, à 11h00, sur Séquençage Génome

Lorsqu’en avril 2009, Xavier Mathieu, leader CGT de l’usine Continental, est arrêté après le saccage de la sous-préfecture de Compiègne, il refusa de se soumettre à un prélèvement ADN.

Les faits

Alors que son arrestation n’avait aucun lien avec des crimes sexuels, Xavier Mathieu fut prié de se soumettre à un prélèvement d’ADN via un frotti dans la bouche. Contre toute attente, son désaccord lui valut une inculpation pour refus de se soumettre à un prélèvement d’ADN, punissable de 15 000 euros d’amende et d’un an de prison ferme.

Il existe en effet un fichier recensant les empreintes génétiques, il s’agit du Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques (FNAEG), créé en 1998. Son objectif était cependant d’identifier les auteurs de crimes sexuels et non celui de ficher l’ensemble de la population.

On pourrait penser que le cas de Xavier Mathieu est unique, mais il n’en est rien. Le 21 mars dernier, une jeune fille du nom de Camille s’est en effet vue convoquer devant le tribunal de Mâcon pour avoir refusé de donner son ADN lors d’un simple contrôle routier…

La décision du tribunal

Comme le précise clairement le site du ministère de l’Intérieur, le cadre d’intervention du FNAEG est légalement restreint aux seuls crimes sexuels : « La loi du 17 juin 1998 relative à la prévention et à la répression des infractions sexuelles a créé le FNAEG en limitant son champ d’application aux seules infractions de nature sexuelle (viols, agressions et exhibitions sexuelles, infractions liées à la pédophilie…). »(1) En 2001, la loi du 15 novembre avait étendu le fichier « aux crimes d’atteintes graves aux personnes (homicides volontaires, violences et destructions criminelles, crimes de terrorisme, etc.). »

Ainsi, il semble que les responsables des forces de l’ordre se soient permis d’étendre le recours au prélèvement génétique au-delà des limites officielles définies par la loi. Le cas de Xavier Mathieu prouve en effet son utilisation pour une arrestation qui n’a rien à voir ni avec les crimes sexuels, ni avec les atteintes graves aux personnes.

Le cas de la jeune fille de Mâcon est encore plus inquiétant puisque le prélèvement lui a été imposé lors d’un simple contrôle routier, c’est-à-dire sans qu’aucune infraction n’ait été constatée.

La décision du tribunal, concernant les deux cas présentés, a confirmé le droit des mis en cause, de refuser le prélèvement ADN : tous deux ont été relaxés. Ce jugement confirme également la liberté prise par les forces de l’ordre dans leur volonté d’imposer un prélèvement ADN et crée une jurisprudence qui met en lumière l’inconstitutionnalité du fichage ADN de l’ensemble de la population.

La dérive sécuritaire

Au-delà du débat relatif au fichage des empreintes génétiques de la population, on est frappé par l’élargissement officieux du cadre légal du recours au FNAEG. Des policiers qui imposent des mesures en dehors de la loi et envoient devant la justice, ceux qui refusent de se soumettre, est évidemment une dérive inquiétante, même si le tribunal a fait appliquer la loi.

Une lecture plus approfondie de l’article portant sur le FNAEG du site du ministère de l’Intérieur montre en effet son souhait d’élargissement du fichier puisque celui-ci est nettement anticipé : « Le projet de loi relative à la sécurité intérieure propose une extension du FNAEG à la quasi-totalité des crimes et délits d’atteintes aux personnes et aux biens.

Ainsi, les profils génétiques des auteurs présumés de violences volontaires correctionnelles, de vols simples ou aggravés, de recels et de blanchiments ainsi que les auteurs présumés d’infractions à la législation sur les armes pourront faire l’objet d’une insertion dans le FNAEG […]Le projet de loi prévoit d’étendre la conservation des profils génétiques aux personnes mises en cause.

Enfin, le projet de loi étend la sanction, en cas de refus de prélèvement, aux personnes mises en cause, améliorant encore l’exhaustivité de la base de données. »

(1) Le Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG), Ministère de l’Intérieur, de l’Outre-Mer, des collectivités territoriales et de l’immigration

Articles parus le 25 mai 2020

Le Vatican dénonce un eugénisme génétique

Écrit par admin, le 25 mai 2020, à 11h00, sur Séquençage Génome

L’eugénisme désigne l’ensemble des méthodes et pratiques humaines destinées à améliorer, de quelle que façon que ce soit, le patrimoine génétique de l’Homme. S’il est ouvertement et violemment critiqué lorsqu’il est le fruit de la politique d’un Etat ou encore d’une communauté spécifique, les avis sont davantage partagés lorsqu’il émane de la décision de parents.

La dénonciation du Vatican

Le 09 septembre dernier, le quotidien du Vatican, l’Osservatore Romano, souligne le nombre croissant d’avortements thérapeutiques en Occident. Du fait de l’évolution des techniques scientifiques, les dépistages des maladies génétiques sont désormais systématiques et aboutissent majoritairement à des avortements en cas d’atteinte de l’embryon.

Les chiffres cités sont, en effet, impressionnants : 96% des foetus trisomiques sont avortés en France. De même, dans la région italienne d’Emilie-Romagne (centre-nord de l’Italie), le taux d’avortement de foetus ayant le syndrome de Down est de 60%.

Un eugénisme thérapeutique ?

Voici la question centrale soulevée par l’édito du quotidien du Vatican : les sociétés occidentales pratiquent-elles, par le biais du dépistage génétique, un eugénisme génétique ? La question est loin d’être dénuée de fondement au vue des chiffres annoncés par le journal : nos sociétés ne tendent-elles pas effectivement, à supprimer tout fœtus dont le patrimoine génétique serait ‘imparfait’ ?

Ce dépistage systématique, organisé par les institutions médicales, et les décisions d’avortement qui suivent majoritairement l’annonce d’une maladie, ne constituent-t-ils pas un processus d’élimination du handicap ? La question reste entière, notamment lorsque l’on considère l’absence de souffrance physique et parfois morale des personnes touchées par certaines maladies génétiques…

Le débat sur la valeur de la vie relancé

En ouvrant ce débat, la question sur la valeur de la vie est irrémédiablement relancée, si tant est que l’on puisse en donner une définition… Quel type de vie peut-elle, doit-elle être considérée comme ‘suffisamment’ enrichissante pour être vécue ? Certaines réactions, comme celle du député socialiste Olivier Dussopt mettent immédiatement mal à l’aise, sans que l’on puisse toutefois facilement en comprendre la raison : « Ce qui m’étonne moi, ce n’est pas qu’il y ait 96% des cas de trisomie diagnostiqués qui débouchent sur un avortement, mais plutôt pourquoi il en reste encore 4% ».

Certes, le choix de parents apprenant le handicap de leur enfant à naître, ne peut et ne doit pas être jugé : chacun a une vision différente du handicap, tous les parents ne sont pas en capacité d’accueillir cet enfant handicapé dans de bonnes conditions. Pour autant, la question de la manière dont la société les accueille, les intègre et les accepte se pose également : si le jugement sociétal et la place faite aux personnes handicapées étaient bienveillantes et réelles, les parents opteraient-ils pour l’avortement dans la même proportion ? On peut en douter…

Les propos d’un parent d’enfant handicapé, bien plus humains que ceux du député cité plus haut, révèlent toute la complexité d’un tel débat : « à ceux qui pensent que la vie d’une personne handicapée ne mérite pas d’être vécue, je suggère d’aller faire un petit stage dans l’une desdites associations (associations d’aide et de soutien aux parents d’enfants handicapés), juste pour voir…

L’humanité que l’on découvre dans la rencontre d’une personne vulnérable vous transforme à jamais, et vous évite de prononcer ce genre de jugements eugénistes, discriminatoires et j’ose dire intolérable dans une civilisation qui se réclame des droits de l’homme. Toute vie mérite d’être vécue, à condition que l’on considère que l’amour de l’autre a un peu plus de valeur que le fait de pouvoir aller skier pendant ses vacances. »

Un gène féminin de la migraine

Écrit par admin, le 25 mai 2020, à 11h03, sur Séquençage Génome

Le préambule de l’étude conduite par les chercheurs de la Harvard Médical School sur les phénomènes de migraine, rappelle que leurs incidences des céphalées sont trois fois plus importantes chez les femmes que chez les hommes.

Méthodologie

Les résultats d’une vaste enquête sur les céphalées ont été publiés le 12 juin dernier, dans la très sérieuse revue scientifique Nature Genetics. Les chercheurs ont entrepris de comparer l’ADN de plus de 9 000 migraineux dont 5 122 femmes à l’ADN de 32 000 individus non atteints dont 18 108 femmes.

Ils ont également mis leurs résultats en parallèle d’autres études européennes dont une recherche hollandaise menée sur 774 personnes atteintes de migraines et 942 témoins, une étude allemande portant sur 306 personnes souffrant de migraines et 2.260 témoins puis une étude européenne du International Headache Genetics Consortium (IHGC) portant sur 2.748 migraineux et 10.747 non atteints.

Trois régions de l’ADN impliquées

Le croisement des données ainsi que les investigations menées ont permis d’identifier trois régions de l’ADN situées à proximité des gènes PRDM16, TRPM8 et LRP1 qui seraient fortement associées aux migraines.

Ces régions sont scientifiquement appelées des SNP ou Single Nucleotide Repeats. Les Hommes ont en commun 99.9% de leur séquence ADN, les 0.01 % restant représentent donc l’ensemble des différences entre les individus et les caractéristiques de chacun.

Une grande majorité de ces 0.01% est constituée des SNP. Ils constituent donc le polymorphisme de base de l’ADN et sont très communs : on estime en effet que 3 millions de SNP différent entre deux individus lambda. Techniquement, le SNP correspond à la modification d’une seule base de nucléotide de l’ADN.

Des femmes plus touchées

Sur les trois SNP identifiés, celui qui se situe aux côtés du gène TRPM8 semble particulièrement associé aux phénomènes de migraines chez la femme alors qu’il n’est pas significatif chez l’homme.

Cette découverte pourrait être l’une des pistes expliquant le nombre plus important de femmes atteintes de migraines.
Il faudra toutefois de nombreuses autres années de recherches pour valider une telle conclusion et encore davantage pour comprendre le fonctionnement des SNP et mettre au point un traitement efficace.


Articles parus le 24 mai 2020

La loi bioéthique du 7 juillet 2011 (2011-814)

Écrit par admin, le 24 mai 2020, à 11h03, sur Séquençage Génome

La révision de la loi bioéthique était légalement prévue dans la précédente révision de 2004. D’une plus grande envergure par l’intégration des avis citoyens et des Etats Généraux de la bioéthique, la nouvelle loi ajuste la bioéthique aux enjeux contemporains.

Les règlements maintenus

Concernant l’assistance médicale à la procréation, les interventions ne peuvent se concevoir que pour les seuls couples hétérosexuels étant donnée la définition légale de la famille actuellement en vigueur. Par ailleurs, l’infertilité doit avoir été diagnostiquée médicalement.

  • Les dispositions relatives aux recherches sur l’embryon et les cellules souches restent également identiques : interdites par principe et autorisées dans le cadre de dérogation lorsque les conditions suivantes sont réunies :
  • la pertinence scientifique du projet de recherche doit être établie ;
    l’objet de la recherche doit être susceptible d’engendrer des progrès médicaux majeurs. On recherche donc un bénéfice individuel direct optimum ;
  • la recherche doit obligatoirement recourir à des embryons humains, des cellules souches embryonnaires ou des lignées de cellules souches ;
  • les principes éthiques relatifs à la recherche sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires sont respectés.

La question de l’anonymat des dons de gamètes a été âprement discutée, notamment au regard du droit de chacun de connaître ses origines. Le parlement s’est toutefois prononcé pour le maintien du principe d’anonymat

La gestation pour autrui reste également interdite du fait des conséquences possibles sur le décalage entre filiation naturelle et filiation juridique ainsi que sur le vécu et le ressenti des enfants qui naîtraient ainsi.
Enfin, le transfert d’embryon post-mortem demeure prohibé.

Les dons d’organes

Une information sera désormais organisée dans les lycées ainsi que durant la journée de service national (art. 8 – art. L. 312-17-2 du Code de la santé publique et art.14 – art. L. 114-3 du Code du service national). Par ailleurs, « en cas d’incompatibilité entre la personne ayant exprimé l’intention de don et la personne dans l’intérêt de laquelle le prélèvement peut être opéré (…), rendant impossible la greffe », le recours au don croisé d’organe est autorisé.

Le don croisé correspond au fait qu’un autre individu donneur soit lui-même placé en condition de non-compatibilité vis-à-vis de la personne à qui elle souhaitait donner. Dans ce cas, les deux donneurs pourront être prélevés simultanément en ‘échangeant’ les deux receveurs. L’anonymat entre donneur et receveur est toutefois maintenu.

Dans les lois précédentes, seules les personnes ayant déjà donné naissance disposaient du droit de donner leurs gamètes, cette disposition est supprimée. (art. 29 – art. L. 1244-2 du Code de la santé publique)

L’assistance médicale à la procréation

Auparavant, seuls les couples possédant au minimum deux ans de vie commune pouvaient recourir à l’assistance médicale à la procréation, cette disposition est désormais supprimée (art. 33).
Les sages-femmes, précédemment écartées des actes d’assistance médicale, sont désormais autorisées à intervenir (art. 39).
Enfin, la technique de congélation ultra-rapide des ovocytes est autorisée (art. 31)

Le diagnostic prénatal

Le diagnostic prénatal est encadré par l’article 20 de la loi L. 2131-1 du Code de la santé publique. Il vise à généraliser les tests de dépistage en prévoyant que : « toute femme enceinte reçoit, lors d’une consultation médicale, une information loyale, claire et adaptée à sa situation sur la possibilité de recourir, à sa demande, à des examens de biologie médicale et d’imagerie permettant d’évaluer le risque que l’embryon ou le fœtus présente une affection susceptible de modifier le déroulement ou le suivi de sa grossesse ».

La révision des lois de bioéthique

Le processus de révision des lois de bioéthique est cette fois, clairement spécifié. Désormais, toute réforme fera l’objet d’un débat sous la forme d’Etats Généraux, toutefois, les révisions interviendront dans un délai de 7 ans au lieu de 5 ans.

Durant cette période, plusieurs rapports annuels devront être élaborés. Enfin, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques rédigera un rapport sur l’ensemble des lois relatives à la bioéthique dans un délai de 6 ans (art. 48 à 51).

Le marché des tests de paternité

Écrit par admin, le 24 mai 2020, à 11h05, sur Séquençage Génome

En France, selon la loi du 7 août 2004, les tests de filiation ne sont autorisés que dans le cadre de mesures d’enquête ou d’instruction lors d’une procédure judiciaire. Pourtant, grâce à Internet, des milliers d’entreprises proposent désormais de tester la filiation avec une fiabilité annoncée de 99, 9999 %.

Test de paternité et détournement de la loi

test paternitePrélèvements en toute discrétion’, ‘réponse sous 5 jours’, ‘sans procédure judiciaire’… voici quelques exemples des accroches commerciales que vous pourrez trouver en tapant ‘test de paternité’ sur Internet. Pourtant, en France, commander un test de paternité est passible d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende, quant au test, il sera saisi par les douanes et son résultat ne sera exploitable devant aucun tribunal.

Dans ce domaine, l’exception française est flagrante puisque nos voisins européens, Espagne et Allemagne en tête, autorisent librement les tests de paternité. De fait, le respect de la loi est de plus en plus délicat, notamment via Internet puisqu’il suffit aux laboratoires de domicilier leur entreprise dans un pays autorisant la pratique, pour ne pas être poursuivis par la France.

Cette interdiction est donc très loin de freiner le développement de cette pratique, et semble même constituer une source majeure de la croissance des laboratoires étrangers pour lesquels les français constituent une excellente clientèle ! Par ailleurs, la publication de différentes études scientifiques annonçant qu’environ un enfant sur 30 ne serait pas le fils ou la fille de son père, augure encore de longues années de croissance pour ces laboratoires.

Recours et dérives des tests de paternité

Bien que le recours aux tests ADN soit limité aux affaires judiciaires en France, certain sont parvenus à obtenir l’autorisation de pratiquer des analyses génétiques via la décision d’un juge. Chacun se souviendra de l’affaire d’Aurore Drossart, convaincue d’être la fille d’Yves Montand et qui parvint à faire exhumer son corps en 1998, avant que les tests ne démontrent qu’elle n’avait aucun lien de filiation avec l’acteur.

Plus tard en 2002, l’actrice Liz Hurley put démontrer que le producteur Steve Bing était bien le père de son enfant, elle obtint en retour une importante compensation financière pour son enfant.

Ces affaires, de par leur couverture médiatique, ont banalisé le recours aux tests de paternité tandis que le développement de la science et la baisse des prix firent le reste.

Les dérives possibles sont pourtant nombreuses et bien présentes si l’on observe les pratiques proposées par les laboratoires dans les pays qui n’encadrent pas les pratiques par la loi : aux Etats-Unis, des tests ethniques sont disponibles à la vente, leur objet étant d’assurer au client qu’il est bien un américain ‘pur souche’…

Bien pire encore, une des plus importantes firmes de pompes funèbres proposent désormais à ses malheureux clients d’acheter un test ADN : l’ADN du défunt sera prélevé dans les 40h suivant le décès, garantissant ainsi une preuve éternelle de lien de parenté…


Articles parus le 23 mai 2020

Globule blanc

Écrit par admin, le 23 mai 2020, à 11h00, sur Séquençage Génome

Egalement appelé leucocyte, les globules blancs sont les cellules majeures de notre système immunitaire. Ils contiennent notamment les lymphocytes, les granulocytes, et les monocytes.

Programmation par contrainte

Écrit par Sacha Schutz, le 23 mai 2020, à 01h17, sur Dr IDK

On dit souvent qu'être fainéant est gage de qualité chez un programmeur. Dans le sens où il cherchera à résoudre un problème en tapant un minimum de ligne de code et en déléguant au maximum à sa machine. C'est encore plus vrai avec la programmation par contrainte. Contrairement à la programmation classique dite impérative, où vous devez décrire comment résoudre un problème, la programmation par contrainte est un autre paradigme qui vous demande de décrire le problème de façon formelle et c'est un solveur qui se débrouillera de le résoudre pour vous. Dans ce billet nous allons aborder la programmation par contrainte en solvant un problème combinatoire en génétique: l'inférence haplotyique. Pour cela, nous utiliserons la libraire OR-tools fournie par Google, simple d'utilisation et disposant d'une API en python.

Constraint programming represents one of the closest approachescomputer science has yet made to the Holy Grail of programming: theuser states the problem, the computer solves it. Eugene C. Freude

Un simple problème pour comprendre

Les problèmes de satisfaction de contraintes ou problème SAT sont des problèmes qui demandent à trouver toutes les solutions satisfaisant un liste de contraintes booléennes.
Prenons par exemple 2 dés et lançons-les. Quelles sont les valeurs possibles des 2 dés tels que la somme soit égale à 7 ?
De façon générale, pour modéliser ce problème, vous devez d'abord définir les variables et leurs domaines, c'est-à-dire les valeurs qu'elles sont autorisées à prendre. Dans notre cas, nous avons 2 dés dont les valeurs vont de 1 à 6. Ensuite, définir leurs contraintes par des expressions booléennes. Ici, la somme des 2 dés est égale à 7. Et c'est tout.... Le solveur se chargera du reste.
la librarie OR-tools va nous permettre de modéliser ce problème et le résoudre via son solveur SAT.
Regardons le code:

Après avoir installer OR-tools:

python -m pip install --upgrade --user ortools

Exécuter le code suivant:

# Import de la libraire 
# Ortools tools dispose de différents soldeurs, notamment un solveur SAT. 
from ortools.sat.python import cp_model

# Création du modèle = Notre problème
model = cp_model.CpModel()

# Création de deux variables : Le dé x et le dé y avec un domaine de valeur entre 1 et 6 
x = model.NewIntVar(1, 6, "Premier dé ")
y = model.NewIntVar(1, 6, "Deuxième dé")

# Création d'une contrainte 
model.Add(x+y == 7)

# Création du solveur pour résoudre le problème
solver = cp_model.CpSolver()
status = solver.Solve(model)

# Le solveur peut nous dire si le modèle admet des solutions ou non 
if status == cp_model.FEASIBLE:
    # Afficher toutes les solutions 
    solver.SearchForAllSolutions(model, cp_model.VarArraySolutionPrinter([x,y]))

Vous devriez alors obtenir toutes les solutions possibles comme montré ci-dessous.

Solution 0, time = 0.00 s
  Premier dé  = 1   Deuxième dé = 6 
Solution 1, time = 0.00 s
  Premier dé  = 2   Deuxième dé = 5 
Solution 2, time = 0.00 s
  Premier dé  = 3   Deuxième dé = 4 
Solution 3, time = 0.00 s
  Premier dé  = 4   Deuxième dé = 3 
Solution 4, time = 0.00 s
  Premier dé  = 5   Deuxième dé = 2 
Solution 5, time = 0.00 s
  Premier dé  = 6   Deuxième dé = 1 

Essayez de votre coté, de retirer les contraintes, vous devriez alors obtenir toutes les combinaisons de dé possible. Et si vous voulez éviter d'avoir une symétrie des résultats, vous pouvez rajouter la contrainte suivante : model.Add(x > y) pour obtenir une liste réduite.

  Premier dé  = 4   Deuxième dé = 3 
Solution 1, time = 0.00 s
  Premier dé  = 6   Deuxième dé = 1 
Solution 2, time = 0.00 s
  Premier dé  = 5   Deuxième dé = 2 

C'était facile non ? Et vous pouvez résoudre ce problème avec autant de dé que vous voulez aussi facilement. En réalité ce problème est tellement simple qu'il peut se résoudre plus efficace en programmation impérative. @Natir m'a gentillement proposé le one-liner suivant :

import itertools
[d for d in itertools.combinations_with_replacement(list(range(1, 7)), 2) if sum(d) == 7]

Mais pour d'autres problèmes combinatoires plus complexes, cela sera beaucoup plus facile en le modélisant comme un problème de satisfaction de contrainte comme celui que nous allons voir.

Inférence haplotypique

Qu'est-ce qu'un haplotype ?

Nous sommes des organismes diploïdes. C'est-à-dire que nos chromosomes vont par paire. Nous avons par exemple deux chromosomes 3 homologues, l'un provenant du père et l'autre de la mère. Si vous héritez d'une mutation génétique présente sur le chromosome 3 de votre père, alors vous héritez aussi des autres mutations sur ce même chromosome. On dit alors que ces mutations sont en déséquilibre de liaison et forme un haplotype. En réalité, il y a des recombinaisons plus ou moins grandes au sein des chromosomes qui brisent cette liaison. Je préfère alors définir un haplotype comme un ensemble de variation génétique qui voyage ensemble à travers les générations.

Qu'est-ce qu'un génotype ?

Lorsque l'on séquence l'ADN d'un individu, nous lisons les mutations génétiques sans savoir si elles sont portées sur le chromosome paternel ou maternel. Pour une mutation donnée, nous pouvons juste dire si le patient est homozygote (même mutation sur les deux chromosomes homologues ) ou hétérozygote (mutation différente).
Tout le problème est de pouvoir inférer les haplotypes à partir du génotype.

A gauche: Génotype obtenu à partir des deux haplotypes parentaux. A droite: Illustration d'un problème d'inférence haplotypique.

Modélisation du problème

Supposons que nous connaissons l'existence de m haplotypes pour n variations . Posons H, une matrice binaire m x n définissant la présence ou non de chaque variation sur chaque haplotype. Posons G, un vecteur de taille n définit sur {0,1,2} pour representer le génotype d'un individu avec 0 pour homozygote non muté, 1 pour hétérozygote et 2 pour homozygote muté .

Modélisation du problème d'inférence haplotypique. A partir d'un Matrix de 4 haplotypes connus sur 3 variations. L'objectif est de trouver les deux haplotypes pouvant expliquer le génotype.

Le problème revient à trouver deux haplotypes (2 numéros de lignes de H) dont la somme de chaque colonne est égale à la valeur du génotype correspondant. Pour ce faire nous définissons dans notre modèle chaque élément de H comme une constante. Puis deux variables correspondant aux numéros de ligne de H dont le domaine varie entre 0 et m-1. Enfin, nous posons nos contraintes pour que la somme des haplotypes choisis corresponde au génotype.

from ortools.sat.python import cp_model
import numpy as np 

# Creation d'une modèle
model = cp_model.CpModel()

# Matrice H  
haplotype_input = np.array([
[0,0,1], # haplotype 0
[0,1,0], # haplotype 1
[0,1,0], # haplotype 2
[0,1,1], # haplotype 3
])

#Vecteur G 
genotype_input = [0,1,2]  # genotype input to test 

# Dimensions de la matrice H
len_haplotype, len_snp = haplotype_input.shape

# Création de d'une constante dans notre modèle pour chaque élement de H
haplotypes = [[model.NewConstant(int(v)) for v in line] for line in haplotype_input]

# Création de deux variables correspondant au lignes des haplotypes choisis
index_a = model.NewIntVar(0, len_haplotype-1, "haplotype index")
index_b = model.NewIntVar(0, len_haplotype-1, "haplotype index")

# Valeurs de l'halpotype A choisi 
a_values = [model.NewIntVar(0,1,f"value_a_{i}") for i in range(len_snp)]

# Valeurs de l'halpotype B choisi 
b_values = [model.NewIntVar(0,1,f"value_b_{i}") for i in range(len_snp)]

# On transpose la matrix pour utiliser la contrainte AddElement
haplotype_transpose = list(map(list, zip(*haplotypes)))

# La contrainte AddElement(index,variable,target) correspond à variable[index] == target
# Pour chaque variation, ajouter la contraintes d'addition  
for i in range(len_snp):
    model.AddElement(index_a, haplotype_transpose[i], a_values[i]) 
    model.AddElement(index_b, haplotype_transpose[i], b_values[i]) 
    model.Add(a_values[i] + b_values[i] == genotype_input[i])

# Suppression de la symétrie des résultats 
model.Add(index_a < index_b)

solver = cp_model.CpSolver()

status = solver.Solve(model)

if status == cp_model.FEASIBLE:
    solver.SearchForAllSolutions(model, cp_model.VarArraySolutionPrinter([index_a,index_b]))
else:
    print("pas de solution ")

Nous obtenons comme solution au génotype G=[0,1,2], l'haplotype 1 [0,0,1] et l'haplotype 2 [0,1,1].

Solution 0, time = 0.00 s
  haplotype index = 0   haplotype index = 3 

Conclusion

La programmation par contrainte est particulièrement efficace lorsqu'il s'agit d'un problème combinatoire NP difficile comme résoudre un sudoku ou colorier les régions d'une carte de France tel que deux régions voisines soient coloriées de différentes couleurs. Je vous invite à regarder leurs codes sources . Il existe bien sûr d'autres types de solveur et d'autre langage comme Prolog ou ASP. Je vous invite d'ailleur à consulter un rare tutorial en français sur l'Answer Set Programming fait par @Aluriak.

Les dernières avancées de séquençage : du lézard aux arbres

Écrit par admin, le 23 mai 2020, à 11h00, sur Séquençage Génome

Les recherches en matière de génétique avancent vite, très vite. Les chercheurs du monde entier travaillent en effet main dans la main pour découvrir la richesse génétique des différentes espèces peuplant la planète.

Le génome du premier reptile séquencé

Menés par la chercheuse Jessica Alföldi, des scientifiques américains sont parvenus à décrypter l’ensemble du génome du lézard l’Anolis carolinensis contenant 18 paires de chromosomes dont 12 microchromosomes.
Il est ainsi le premier reptile à être séquencé puisque, jusqu’à aujourd’hui, seuls le poulet, le diamant mandarin et la dinde avaient fait l’objet de telles recherches (ces trois espèces constituaient les seuls représentants de la famille des reptiles).

Les retombées de ces travaux s’avèrent tout à fait significatives puisque l’équipe a pu identifier les gènes associés à la capacité de percevoir les ultraviolets. Un pas de plus vient également d’être franchi concernant la connaissance de l’évolution des espèces terrestres et notamment la façon dont elles sont parvenues à passer du milieu aquatique au milieu terrestre.

L’œuf amniotique fut en effet l’élément ouvrant la voie à la conquête des milieux terrestres : les œufs contenaient désormais suffisamment d’eau pour permettre aux embryons de se développer hors du milieu aquatique.

Le génome des arbres : prémisse de travaux titanesques

Le laboratoire Biogéco de l’INRA, au travers de son chercheur Antoine Kremer, est parvenu à témoigner de l’incroyable diversité génétique des différentes espèces d’arbres continentaux : comment sont-ils parvenus à s’adapter si rapidement aux changements climatiques et environnementaux ? Grâce à l’étude de l’ADN de plus de 2 600 forêts, la réponse est désormais connue : « Depuis la fin de la dernière glaciation, l’étonnante plasticité qu’elles tirent de leur diversité génétique a permis l’adaptation éclair des forêts à tous les changements majeurs de leur environnement ».

Le chercheur a également pu démontrer le rôle majeur du pollen dans ces processus : en voyageant sur des centaines de kilomètres, il permet un partage des informations génétiques créant des hybridations en seulement deux générations ! L’identification des gènes responsables de ces capacités d’adaptation permettrait aux scientifiques d’anticiper l’évolution des arbres aux changements environnementaux à venir …

Les prochaines étapes des chercheurs sont impressionnantes : 20 millions d’euros financés par l’Agence Nationale de Recherche destinés au séquençage des 30 000 gènes de l’ADN du chêne grâce à une association de deux années entre l’INRA et le Génoscope. En Suède et aux Etats-Unis des programmes similaires débutent également sur le génome de l’épicéa commun, du pin laeda, du peuplier et de l’eucalyptus. Au travers du réseau européen Evoltree et de ses 25 laboratoires, un centre de ressources génomiques sera bientôt une réalité.


Articles parus le 22 mai 2020

Histoire du fichage de la population

Écrit par admin, le 22 mai 2020, à 11h00, sur Séquençage Génome

Des nazis à aujourd’hui : histoire du fichage

Dès sa création, le fichage des individus fut associée à des volontés de recenser, pour mieux contrôler, puis exterminer : ce furent en effet les nazis, qui, les premiers, décidèrent d’identifier la population à l’aide des tristement célèbres code-barres tatoués sur le bras des juifs.

Le fichage par code barre

fichage nazis

Fichage Nazis - Source: Agroravox

Organiser une identification massive de la population, même lorsqu’il s’agit d’une manœuvre criminelle telle qu’une épuration ethnique, est une tâche des plus fastidieuses et qui requiert de grandes capacités de stockage des données. C’est ainsi que le fichage des individus s’est trouvé directement en lien avec la science et notamment les technologies informatiques.

Dès 1930, la firme IBM vendit ses compétences aux nazis en mettant sa technologie de cartes perforées à leur disposition. Dans son livre ‘IBM et l’Holocauste’, Edwin Black révèle en effet que les numéros inscrits sur le bras des victimes correspondaient aux codes d’identification de carte perforée mise au point par IBM.

La philosophie du fichage et l’eugénisme

Lorsque Darwin énonça sa théorie de la sélection naturelle, il ouvrit la voie à de vastes et éternels débats sur le caractère supérieur de certains peuples vis-à-vis d’autres ou encore des hommes sur les femmes. L’un de ces principaux courants est appelé le darwinisme social.

L’exemple de la ‘philosophie’ nazie fut évidemment l’une des plus extrêmes :

  • Stérilisation
  • Avortement interdit pour les femmes dites ‘supérieures’ et obligatoire pour les femmes dites ‘inférieures’
  • Euthanasie des personnes dites ‘improductives’
  • Extermination

Si, de nos jours, on n’entend plus guère parler d’eugénisme, terme socialement associé à ces horreurs, cette philosophie n’a pas disparu et les chercheurs se retrouvent désormais sous le cadre des travaux génétiques.

De l’eugénisme à la génétique

Selon un article paru sur Agoravox, l’organisme Population Council, fondé par la famille Rockefeller en 1952 et dont la principale mission concerne la lutte contre le sida, a élu Otmar Verschuer comme directeur. Pourtant, ce dernier participa directement à la politique raciale des nazis. Ce même fond finança une part du Bureau of Human Heredity qui organisa lui-même l’International Congress in Human Genetics.

Nous pourrions également parler du célèbre Human Genome Project dont l’objectif fut de séquencer la totalité du génome humain et qui fut dirigé par l’ancienne équipe de l’Eugenics Society.

De tous temps, la science fut donc appelée à servir les intérêts de ceux qui souhaitent le fichage des individus. Aujourd’hui, ce sont les victimes de drames tels que le meurtre ou l’agression d’enfant, qui semblent instrumentalisées pour parvenir à une loi autorisant le fichage de l’ensemble de la population.

Il est en effet bien difficile d’arriver à une autre conclusion lorsque le 17 juin dernier, le journal Le Parisien, titrait « La mère d’Angélique réclame un fichier ADN pour tous ». Pourtant, nous devrions nous rappeler que les nazis, eux-aussi, attisèrent les démons de l’insécurité, en recourant à une propagande décrivant les juifs comme des voleurs et pire encore…

Les gènes : un renouveau du débat entre inné et acquis

Écrit par admin, le 22 mai 2020, à 11h00, sur Séquençage Génome

L’évolution des techniques de séquençage adn offre un renouveau à l’éternel débat entre l’inné et l’acquis, c’est-à-dire entre les déterminismes génétiques et les influences issus des interactions avec l’environnement.

Les gènes sont-ils des déterminants stricts ?

Certains estiment que l’identification des gènes et des diverses prédispositions génétiques sont un enfermement des individus et une privation de leurs libertés de choix et de décision. Pourtant, la plupart des scientifiques s’accorde à reconnaître les gènes comme des déterminants faibles. En effet, un élément peut être considéré comme déterminant strict si et seulement si, il permet une prédictibilité totale des caractères.

En génétique, cela reviendrait à l’équation un gène = un caractère. Cette formule est nécessairement fausse dans la mesure où aucun caractère ne peut se développer sans environnement, et que tout environnement présente des données uniques et non reproductibles dans sa globalité.

Jean Gayon disait ainsi : le déterminisme génétique consiste à soutenir que l’état futur d’un organisme est prédictible sur la base de sa composition génétique. C’est impossible en l’absence de spécification d’un environnement.

Des conclusions doivent être tirées des éléments soulignés ici : même identifié dans son ensemble, un génome ne peut être perçu comme un moyen de prévoir son futur. Une approche systémique, englobant les facteurs environnementaux et génétiques (au minimum) est donc nécessaire.

L’eugénisme : un dérapage éthique récurrent

La simple évocation de la notion d’eugénisme suffit à rappeler à tout à chacun, les horreurs perpétrées par les nazis durant la seconde guerre mondiale. Mais bien peu se rappellent que nombre de scientifiques reconnus avaient souscrit aux théories eugénistes.

Charles Richet, prix Nobel de médecine en 1913, écrivait ainsi :  » Quoi! Nous nous appliquons à produire des races sélectionnées de chevaux, de chiens, de porcs, voire de prunes et de betteraves, et nous ne faisons aucun effort pour créer des races humaines moins défectueuses [...]. Quelle incurie étonnante « . (…) Les moyens de sélection serviront à  » créer des races humaines moins défectueuses, pour donner plus de vigueur aux muscles, plus de beauté aux traits, plus de pénétration à l’intelligence, [...], plus d’énergie au caractère, pour faire accroître la longévité et la robustesse, [ce qui constituerait] un prodigieux progrès « !.  » Il ne s’agit pas de punir [les tarés], mais de les écarter de nous. Il ne faut pas que leur sang vicié vienne corrompre le sang généreux d’une race forte ».

Si les convictions scientifiques ont évolué, il n’en demeure pas moins que les avancées technologiques en matière de prédispositions génétiques flirtent souvent avec l’eugénisme : il suffit de constater la chute spectaculaire du nombre de naissances d’enfants trisomiques du fait du dépistage systématique organisé par l’institution médicale. Ne peut-on y voir une forme d’éradication d’une catégorie d’individus considérés comme ‘faibles’ ou ‘inadaptés’ ?

La question des prédispositions génétiques :

La problématique des prédispositions génétiques, et plus particulièrement des facteurs de risque concernant le développement d’une pathologie, est tout à fait pertinente pour se poser la question du poids du déterminisme génétique vis-à-vis des libertés individuelles.

En effet, lorsque les tests révèlent l’existence d’un certain risque de maladie, l’une des libertés premières du sujet est nécessairement compromise : celle de décider, en toute connaissance de cause, de savoir qu’il est porteur de ce risque, ou celle de continuer à l’ignorer. Ce choix appartient en effet au médecin, et par extension, aux règles éthiques du corps médical.

Bien entendu, les futurs progrès des sciences médicales parviendront un jour à déterminer avec certitude ce risque d’atteinte. Une fois la certitude établie, il deviendra alors plus simple, a priori, de faire choix de l’annonce au patient : au-delà de 50% de risque, on informe, en deçà, on n’informe pas…

Cependant, même si de telles pratiques étaient définies, la question de la réaction du patient à l’annonce de ce risque est, elle, imprévisible. De fait, on peut se questionner sur la nature de cette ‘activité d’annonce’ : est-ce encore de la médecine ou plutôt de l’éthique … ?


Articles parus le 21 mai 2020

Qu’est ce que la Pharmacogénétique

Écrit par admin, le 21 mai 2020, à 11h08, sur Séquençage Génome

La pharmacogénétique est une sous-discipline de la pharmacologie qui étudie les influences du génotype sur l’efficacité d’un traitement médicamenteux.

Un effet variable

Depuis tous temps et quelle que soit la technicité employée, les médecins ont pu constater qu’un même médicament, prescrit à la même dose et pour des symptômes identiques, ne fournissait pas les mêmes résultats selon les patients traités. Certains individus réagissent en effet fortement au traitement, tandis que d’autres n’en ressentent pas ou peu d’effets. Il en est aussi pour lesquels le médicament s’avère être un véritable poison.

Parmi les facteurs susceptibles de provoquer de telles variations, on compte les états physiologiques : un nourrisson, une femme enceinte ou encore une personne âgée ne réagiront pas avec la même vigueur à un traitement. Il en est de même concernant les personnes souffrant d’insuffisance rénale ou hépatique. Cependant, en dehors de ces cas, il existe également une influence du génotype.

Historique

La pharmacogénétique est une discipline récente puisqu’elle est apparue il y a environ un demi-siècle. Elle s’appuie sur le constat des maladies et décès dus à la simple prise de médicaments : en 1999, un rapport de l’Institut of Medecine attribuait aux traitements pharmacologiques, entre 44 000 et 98 000 décès par an aux Etats-Unis. En France, le professeur Patrice Queneau montra que 10 à 20 % des patients admis dans les services d’urgence des hôpitaux, avaient la même origine.

La découverte de telles interactions fut réalisée au cours des recherches entreprises sur le paludisme. Les médecins constatèrent en effet que certains patients développaient des hémolyses aigues après la prise de primaquine. Les recherches montrèrent que ces individus avaient tous en commun un déficit héréditaire en glucose-6-phosphate déshydrogénase.

Deux courants de travaux furent ainsi entrepris : l’un nommé pharmacogénétique qui étudie l’influence du patrimoine génétique sur les traitements médicamenteux, l’autre appelé pharmacogénomique, qui étudie les effets des médicaments sur le génotype. Ces deux courants sont toutefois très souvent confondus.
Enjeux actuels

Tout l’objet de la pharmacogénétique est d’éviter, voire de supprimer les maladies dus à la prise de médicaments, d’améliorer l’efficacité des traitements en fonction du génotype des patients et de la molécule chimique employée.

Il existe également des enjeux financiers conséquents puisque bon nombre de traitements remboursés par la sécurité sociale s’avèrent sans effet thérapeutique. Un meilleur ciblage des traitements pertinents en fonction du patrimoine génétique du patient, permettrait ainsi de réaliser des économies conséquentes.

Les recherches sur l’ADN peuvent-elles guérir des maladies

Écrit par admin, le 21 mai 2020, à 11h13, sur Séquençage Génome

Si tant de recherches portent aujourd’hui sur le séquençage de l’ADN humain, c’est car elles suscitent de nombreux espoirs en matière de soins et de prévention de certaines maladies. Voyons ensemble en quoi ces avancées peuvent représenter l’avenir de la santé.

En quoi consiste le séquençage ?

Séquencer l’ADN (acide désoxyribonucléique) signifie identifier l’ensemble de ses gènes et lire les informations qui s’y trouvent, un peu à la façon dont une platine DVD lit les données présentes sur le CD.

Les informations ainsi recueilles peuvent être comparées à celles d’une vaste carte routière : sur chacun des 46 chromosomes humains répartis en 23 paires se trouve un nombre important de gènes estimés aujourd’hui entre 20 000 et 40 000.

Toute la complexité de cette carte se résume dans son nombre d’intersections : chaque gène se combine avec d’autres mais également avec des protéines, formant ainsi un nombre incalculable de combinaisons possibles.

Quels liens avec la santé ?

Les liens entre les recherches sur la santé et le séquençage ADN apparaissent très clairement lorsque l’on sait que les maladies se développent, entre autres, à partir d’une combinaison spécifique de gènes. Voilà la raison pour laquelle on parle de prédispositions génétiques.

L’analyse des séquences ADN des diverses maladies ne signifie pas pour autant être en mesure de modifier ces séquences. Les enjeux se cristallisent davantage sur ‘l’avant maladie’ : comprendre les mécanismes des prédispositions génétiques des maladies peut être essentiel dans la prévention de la maladie.

La thérapie génique

A l’énoncé de ces termes, on comprend qu’il s’agit d’un traitement en lien avec les gènes mais la plupart d’entre nous en sait rarement plus. En fait, là encore, les bases du processus sont plutôt simples : il s’agit d’identifier des gènes endommagés puis de les remplacer, un peu à la façon dont on changerait la roue d’un véhicule.

La thérapie génique est donc un traitement par un médicament-gène. Bien entendu, ces-derniers ne sont pas au point pour toutes les maladies, mais les recherches représentent un grand espoir.

Des exemples de maladies en recul

Des essais thérapeutiques encourageants ont eu lieu aux Etats-Unis sur des malades atteints de cancers du larynx, de la langue, de la gorge, ou de l’œsophage. Dans ces cas, les chercheurs sont parvenus à modifier génétiquement un virus et à traiter les patients en le combinant avec une chimiothérapie. Ils ont ainsi observés une réduction des tumeurs de l’ordre de 80% !

En France, les recherches sur le sida avancent également grâce à la thérapie génique : ils sont parvenus à tromper le virus et à l’empêcher ainsi de contaminer certaines cellules. Un vaccin pourrait ainsi consister en la diffusion de cellules leurres dans l’organisme de façon à contenir le virus.


Articles parus le 20 mai 2020

Le business des analyses ADN

Écrit par admin, le 20 mai 2020, à 11h13, sur Séquençage Génome

Analyses ADN, identification de victimes ou encore constitution de fichiers d’empreintes génétiques, la justice fait désormais appel à la science des gènes de façon récurrente. Qui sont ces laboratoires qui se spécialisent dans ces domaines ? Quelles sont les grandes catégories d’analyses qu’ils effectuent ?

Une manne pour les laboratoires privés

business adnLorsque le gouvernement a annoncé la création d’un fichier national des délinquants sexuels, la satisfaction ne fut pas que du seul côté des victimes ou des agents des forces de l’ordre : les laboratoires privés susceptibles de répondre à un tel volume de demandes se sont en effet lancés dans une course à l’appel d’offre.

Une course que remporta l’Institut de Génétique Nantes Atlantique (IGNA) pour un total situé entre 20 000 et 25 000 personnes déjà condamnées, auxquelles il faut ajouter quelques 9 000 nouvelles demandes par an. Les récentes annonces du gouvernement démontrant clairement une volonté d’élargissement des délits impliquant un prélèvement ADN, le marché des analyses semble bien n’en être qu’à ses balbutiements…

L’analyse ADN : un marché opaque

Malgré les enjeux entourant les analyses ADN et le sérieux des démarches judiciaires, le choix des institutions en matière de sélection de laboratoires ou encore de choix des analyses à effectuer, sont relativement flous. On peut en effet être surpris en apprenant que seul le magistrat est en charge du choix du laboratoire…

Seule la récente loi LOLF (loi organique relative aux lois de finance) a tenté d’apporter davantage de transparence en contraignant les magistrats à requérir un devis préalable à toutes analyses. Pour autant, les critères sur lesquels ces-derniers basent leur choix restent relativement opaques.

L’histoire d’un pays ou d’une région peut parfois être à l’origine du développement d’une certaine expertise : l’ex-yougoslavie par exemple, est désormais reconnue pour son expertise en matière d’identification de victimes, du fait de son expérience lors de la découverte des charniers de la guerre. Cette maîtrise leur a valu l’attribution du ‘marché’ d’identification des corps lors du tsunami du 26 décembre 2004 en Indonésie.

Quelles prestations ?

En dehors de la constitution et de l’alimentation du fichier national des empreintes génétiques, chaque laboratoire sélectionné par les magistrats se voit attribuer un ensemble de recherches ADN ‘classiques’ : une fois le scellé reçu, le laboratoire est alors chargé de détecter toutes traces d’empreintes génétiques et d’en identifier l’auteur. A titre d’exemple, cela représente un volume de 2 500 analyses par an pour l’IGNA. Nous avons également évoqué les travaux consistant à identifier un corps lors des grandes catastrophes.

Il existe également un ensemble d’analyses, certes moins sinistres, mais faisant appel aux mêmes compétences, acteurs et techniques : les identifications de produits.

Falsifier l’origine des aliments, leur donner une fausse appellation d’origine contrôlée ou encore masquer des substances interdites… autant de tromperies qu’une analyse ADN peut démontrer avec la plus grande certitude.

Enfin, les laboratoires interviennent également en matière de traçabilité des aliments et des produits : identifier l’origine d’une carcasse ou encore implanter des ADN synthétiques. En introduisant une encre dans laquelle a été inséré un ADN, les produits sont infalsifiables !

CypherScience, l’entreprise française leader de cette technologie voit en elle, de très importants débouchés. En matière de dégazage pétrolier par exemple, si un ADN avait été implanté dans chaque pétrole, les autorités pourraient sans difficulté remonter au bateau responsable de la pollution.

La longévité, une question de gènes ?

Écrit par admin, le 20 mai 2020, à 11h02, sur Séquençage Génome

C’est en effet ce que laisse entendre une récente étude parue dans la revue scientifique de la Société américaine de gériatrie : le secret de la longévité de certains ne serait pas dû à la qualité de vie ni même à l’hygiène de vie, mais davantage à des gènes supplémentaires de longévité !

L’étude sur les gènes

Pour parvenir à questionner le rapport entre capital génétique et vieillissement, les chercheurs ont sélectionné une population présentant le plus de proximité génétique possible, ceci afin d’identifier plus facilement les différents gènes impliqués dans la longévité. Leur choix s’est ainsi porté sur 477 juifs ashkénazes âgés de 95 à 109 ans, un peuple connu pour présenter une similitude génétique importante.

Ils ont ensuite comparé ce panel à celui d’un groupe de 3.164 personnes, toutes présentant le même genre de vie en matière de consommation, d’alimentation et de pratique sportive. Les résultats de ces investigations vont à l’encontre des croyances généralement admises puisque les individus ayant vécu le plus longtemps ne correspondent pas à ceux qui ont adopté la vie la plus saine.

Ce sont ces conclusions qui permettent au professeur Nir Barzilai, directeur de l’Institut de la recherche sur l’âge à la faculté de médecine de l’Université Yeshiva de New-York, d’affirmer que «Cette étude suggère que les centenaires doivent posséder des gènes de longévité supplémentaires qui leur servent de protection contre les effets nocifs d’un mode de vie peu sain».

Une mutation génétique permettant la longévité

L’étude de la Société américaine de gériatrie rappelle et confirme les résultats mis en avant par une précédente recherche menée par l’école de médecine Albert Einstein. L’ADN de 86 juifs ashkénazes âgés de 97 ans en moyenne et en bonne santé avait alors été séquencé ainsi que ceux de leurs enfants et petits-enfants.

La comparaison entre ces ADN et celui du groupe témoin avait révélé un élément déterminant : la présence d’un taux de télomérase plus élevé chez le groupe test. La télomérase est une enzyme qui permet l’arrêt du rétrécissement des télomères, ces séquences d’ADN situées à l’extrémité des chromosomes et qui se raccourcissent au fur et à mesure que les cellules se multiplient.

Un fort taux de télomérase tend donc à limiter cette réduction et ce, d’autant plus que la personne vieillit : plus l’individu est âgé, plus les multiplications des chromosomes sont nombreuses et donc, plus le rétrécissement s’accentue. Cette mutation génétique particulière pourrait ainsi être à l’origine d’une plus grande longévité car elle serait capable de réduire la diminution des chromosomes et à termes, leur disparition.

Quelles conséquences ?

Alors que certains espèrent déjà développer une molécule de la jeunesse éternelle, il semble pourtant nécessaire de s’interroger sur les conséquences d’une telle promesse et sur ses répercussions sur les habitudes de vie des individus.
Cela tendrait tout d’abord à déresponsabiliser les personnes en matière d’hygiène de vie : alimentation, cigarettes, sport, alcool etc, ceci alors même que ces comportements sont à l’origine de tant de maladies : surpoids pour l’alimentation ou cholestérol, cancer pour la cigarette, accidents de voiture concernant l’alcool…

Par ailleurs, la vente d’une telle molécule tendrait à créer un système de santé à double vitesse : les personnes disposant d’importantes ressources financières seraient en mesure d’acheter cette dernière, tandis que les plus modestes n’y auraient pas accès.
On peut également craindre l’apparition de test génétique prétendant prédire l’âge de décès en fonction du taux de télomérase, des examens dont pourraient se saisir les assurances ou encore les banquiers avant d’accorder un prêt…


Articles parus le 19 mai 2020